28/10/2013

Les séduisants murmures de l'île Madame

On est à la pointe de l'estuaire de la Charente, là où se distinguent à peine les limites entre terre et mer.

Un lieu sauvage, parcouru par les flots, aux berges peuplées de carrelets, survolés par une faune d'espèces rares. L'île Madame est la plus petite île de Charente-Maritime. Longue d'un kilomètre, large de 600 mètres, elle s'étale sur 75 ha. Ses hautes falaises au nord exposent leur végétation luxuriante. Au sud, des marais salants délaissés. Elle est encerclée de parcs à huîtres et de bancs rocheux, où s'amoncellent une multitude de coquillages, et autres fruits de mer sauvages. Étrange ravissement.


Un nom singulier, pour une histoire tout aussi singulière, qui porte en elle les marques d'une déchirure : celle du passage de la noblesse à la Révolution. En perpétuelle quête d'identité, l'île se voit rebaptisée successivement au fil des périodes : réserve seigneuriale de pêche et chasse du nom de « garenne » au XVe siècle, elle devient « Madame » sous les Bourbons. Là encore, l'origine est incertaine : certains y voient une référence à l'abbesse de l'abbaye aux dames de Saintes, d'autres à Madame de Rohan, maîtresse de Louis XIV. « Ile citoyenne » sous la Révolution, seule la Restauration lui rendra son titre d'île Madame.

On y accède par la « passe aux Bœufs », découverte à marée basse, longue d'un peu plus d'un kilomètre, qui la relie au continent. L'île paraît quasi déserte. En guise d'accueil, une étrange croix de galet tracée sur le sol à l'entrée, à la pointe de Surgères. On distingue çà et là quelques bâtiments écroulés. Quel secret abrite cette île à l'apparence si tranquille, bercée par le bruit des marées ?

Tous les ans en août, un pèlerinage part de cette croix pour commémorer un épisode sombre de la Révolution. On ne peut, semble-t-il, traverser l'île Madame sans penser à ces prêtres appelés « réfractaires » qui moururent enfermés dans des pontons pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution. L'île se parcourt d'abord comme un livre d'histoire, au fil d'infimes symboles des périodes les plus marquantes : un puits, appelé « puits des Insurgés », construit par des communards emprisonnés, dont l'eau sert désormais aux habitants de l'île, des fortifications datant de 1841 (notamment une redoute et une caserne), et un ancien fort militaire désaffecté qui offre de jolis points de vue sur Fouras, l'île d'Aix et ses forts, l'île d'Oléron.

Il ne faut surtout pas manquer la ferme aquacole (1), principal lieu de vie de l'île. Pourquoi ne pas se laisser tenter par les vieilles recettes élaborées avec les produits locaux : omelette aux salicornes, profiteroles d'huîtres, bar en croûte de sel ? Après cette escale gastronomique, suivre le parcours de « découverte pédagogique » proposé par la ferme pour tout apprendre de l'élevage et l'affinage d'huîtres et palourdes, de la pisciculture, ou encore des salines, où la salicorne se cultive depuis peu.

Avant de quitter l'île, ne pas oublier d'explorer la vaste zone de pêche à pied, accessible par la « passe aux Fil les », pour ramasser huîtres, moules, palourdes, crevettes et crabes.

Rejoindre enfin Port-des-Barques, petit port de pêche du continent, avant que la marée ne recouvre la passe aux Bœufs. Les adeptes d'histoire naturelle feront un tour à l'écomusée. Pour les autres, bronzage sur les plages de sable fin, baignade dans les retenues d'eau de mer ou encore activités nautiques, selon les goûts. Et avec le soir qui tombe, prendre le temps de rêver face au soleil se couchant sur l'île Madame. « Il n'y a pas de vérité sans mystère. Il n'y a pas de vie sans passage secret. Une chaussée découverte à marée basse, comme pour l'île Madame (2). »

Publié dans Loisirs |

dans la forêt humide de Martinique

Arbres géants enlacés de lianes, fleurs chatoyantes, bruissement d'insectes, cris d'oiseaux... traverser la forêt tropicale dégage toujours un mystère digne d'un film d'aventures. Cap à Fonds-Saint-Denis, au nord. Facile, la Trace des Jésuites est un grand classique de la Martinique(*). Mais prudence: un terrain archiglissant et la rivière en crue doivent inciter à reculer.

Le sentier de 5 kilomètres descend et remonte en forme de V, à proximité de la D1 que les religieux empruntaient au XVe et XVIe siècle de Saint-Pierre à la côte Est, lorsque la route était encore un chemin. Le randonneur qui suit le balisage jaune et blanc se sent tout petit parmi les gommiers blancs, les magnolias, les «pains d'épices» et ananas-montagnes envahis de plantes grimpantes cachant peut-être une mygale non venimeuse dans son feuillage. A mi-chemin, la rivière du Lorrain se franchit à gué. Prévoir une serviette et des sandales! Au terme d'une heure de marche, on aura déjà goûté l'eau fraîche (20 °C tout de même...) en se baignant au Trou du Lorrain. Le bassin est un petit paradis aux reflets verts qu'il faut atteindre en suivant sur trente mètres le cours de la rivière. Les mulets pullulent, tout comme les ciriques, ces crabes orange moins recherchés que les z'habitants (crevettes appelées écrevisses). Un superbe point de vue sur la montagne Pelée, point sommital à 1 395 m, et sur la plaine de Morne Rouge ponctue trois heures de marche rafraîchissante. Faute d'avoir un véhicule au départ et un autre à l'arrivée, on essayera le retour en auto-stop.

Publié dans Loisirs |