03/11/2013

Islande, des jours sans fin.

Dans quelques semaines, le miracle et la magie des nuits blanches vont être célébrés le long des fjords et dans les villages de pêcheurs d'Islande...

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Le temps semble suspendu. Le crépuscule s’éternise et le soleil roule sur la ligne d’horizon. S’il disparaît, c’est juste derrière et sa lumière reste en suspens, laiteuse, avec des reflets verts, roses, orangés qui ne dessinent aucune ombre. Le vent est tombé, les oiseaux dorment, le silence s’impose. Il est minuit en Islande. Le pays sort transfiguré de ces quelques heures blanches.

Les noctambules désertent les bars et les boîtes de Reykjavik. Familles et bandes de copains filent sur les côtes ou dans l’arrière-pays. C’est le temps de la nature retrouvée, des balades romantiques sous le ciel pâle, du retour aux pratiques païennes.

La nuit de la Saint-Jean (24 juin), on se baigne nu dans la rosée de la péninsule de Snaefellsnes afin de gagner une éternelle jouvence. Les jeunes filles cueillent sept fleurs différentes au pied du volcan et les glissent sous leur oreiller en rêvant à leur futur époux. C’est aussi le temps des elfes, ces personnages hérités des légendes celtiques. Beaux et puissants, ils n’aiment guère être offensés au point d’entraîner les audacieux dans leurs chaos de rochers. L’enfer, en somme.

Nombre d’Islandais croient fermement à leur existence. « Mais seuls les plus clairvoyants peuvent les voir. Les elfes qui hantaient la région de Reykjavik ont fui l’agitation de la ville, précisent les initiés. Ils se sont réfugiés autour d’Hafnarfjördur et dans les fjords de l’ouest. » Fidélité aux traditions ou soif de merveilleux, nombre d’habitants de la capitale vont passer leurs nuits blanches sur les bords du Breidafjördur, en quête de ces « elfes joyeux » qui, selon Victor Hugo, « dansent sur la plaine ». Nuits magiques, nuits miraculeuses.

Début juillet, elles durent trois heures à Reykjavik et quatre-vingt-dix minutes à Akureyri. La zone arctique les ignore. De mi-juin à mi-juillet, le soleil brille à minuit avec une sorte de provocation du côté d’Isafjördur et sur la minuscule île de Grimsey. L’Islande ne cesse de jouer les ensorceleuses.

Carnet de pistes
Nous avons sélectionné huit itinéraires découvrant volcans, fjords, villages de pêcheurs, pour une journée comme pour la semaine... Ils s’effectuent individuellement au volant d’un 4 x 4 de location. Ou bien en groupe accompagné comme l’organisent alors les tour-opérateurs spécialistes du voyage en Islande.

Bain chaud au Blue Lagoon (Une journée en bus ou voiture, à 42 km de Reykjavik.)
Les Islandais combinent les vertus de la détente avec la convivialité du bar dans des piscines géothermales. Alimentées par des sources chaudes, elles accueillent tout le monde, sans distinction de statut social, d’âge ou de sexe. Le ministre côtoie l’instituteur, le pêcheur et le musicien et devise paisiblement des affaires du jour. Chaque agglomération possède la sienne, mais la plus spectaculaire se trouve à 40 minutes de Reykjavik, au coeur d’un désert proprement lunaire. Le Blue Lagoon est une immense pièce d’eau turquoise, couronnée de vapeurs fantomatiques dont les contours se perdent dans la brume.
Depuis l’établissement thermal aménagé sur ses rives avec boutiques et restaurant, le visiteur s’enfonce doucement dans ces eaux chargées de sels minéraux et de boues siliceuses captées à 70 C, rafraîchies à 39 C, que des algues bleu-vert colorent de teintes irréelles. Parvenu à des petits bassins circulaires appelés « hot spots », chacun s’installe sur des banquettes sous-marines aux côtés d’inconnus avec lesquels s’engage vite la conversation.
La magie tellurique opère, balayée par les vapeurs qui mettent vite la tête dans les nuages. Entrée : 10 € (tél. : 00 354 420.88.00).

Le volcan de Jules Verne (Deux jours, 420 km en voiture.)
Trois heures de route depuis Reykjavik et voilà que surgit, au bout de la péninsule de Snaefellsnes, un volcan majestueux couronné d’un glacier immaculé. C’est le Snaefellsjôkull, la montagne magique du roman de Jules Verne, Voyage au centre de la terre. Ses héros glissèrent par un étroit goulet jusqu’au coeur de notre globe avant de ressortir par la gueule d’un volcan italien, le Stromboli. On peut traverser sans risque les coulées de lave couvertes de mousses et de lichens qui glissent en cascade vers l’océan, continuer vers les plages de galets noirs de Djupalonsandur, détailler le jeu des oiseaux de mer sur les falaises d’orgues basaltiques du délicieux petit port d’Arnarstapi.
Et, près d’Hellissandur, face au grand large, savourer l’hospitalité de l’hôtel Edda. La chambre double avec bain, 115 € (tél. : 00 354 430.86.00).

Fjords de l’ouest et villages de pêcheurs (Cinq jours, 985 km en voiture.)
Des fjords gigantesques, des ports de pêche colorés comme des dessins d’enfants, des solitudes austères balayées par le grand souffle de l’océan glacial. La péninsule des fjords du nord-ouest conserve intacte, l’âme de l’Islande. Première étape, le pittoresque port de Stykkisholmur. D’ici partent les mini-croisières qui suivent les ébats des fameuses baleines bleues du Gulf Stream. Passer la nuit dans le charmant hôtel Stykkisholmur qui affiche ses chambres doubles à 124 € (tél. : 00 354 430.21.00). Le lendemain, embarquer sur un ferry de la Baldur (tél. : 00 354 438.14.50) qui mène en trois heures de traversée jusqu’au port de Brianslaekur. Un crochet s’impose pour découvrir, 100 km à l’ouest, les millions de macareux moines qui nichent et piaillent sur la vertigineuse falaise de Latrababjarg. La route du grand nord reprend jusqu’au port d’Isafjördur, caché au fond d’un fjord grandiose. Le bel hôtel du même nom accueille pour 162 € en chambre double (tél. : 00 354 456.41.11). Encore une journée grisante au long de fjords follement découpés et dernière nuit à Holmavik (Guesthouse Borgarbraut, 43 € la double au confort simple, tél. : 00 354 451.31.36), étape fameuse pour son musée de la sorcellerie et son café Riis qui sert d’admirables poissons pour moins de 20 € (tél. : 00 354 451.34.67).

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