28/10/2013

Combats de femmes

Le visage de la guerre a changé: les civils sont devenus des cibles spécifiques au cœur des stratégies militaires. Parmi eux, les femmes. Depuis la Seconde Guerre mondiale, une réflexion s'est amorcée sur leur statut pendant les conflits. Robyn Hofmeyr et Minky Schlesinger sont allés à leur rencontre en Afrique du Sud, en Bosnie, en Ouganda ou au Proche-Orient, où elles maintiennent un foyer sans homme, continuent d'élever leurs enfants, sujettes elles aussi aux tortures et aux violences.

«Une femme n'est pas victime de viol parce que c'est une femme, explique Duska Andric-Ruzicic, coordinatrice de Medica infoteka, créé au début de la guerre en Bosnie pour aider les femmes. Elle est attaquée en tant que propriété de quelqu'un, femme de quelqu'un ou fille de quelqu'un.»
Le documentaire, ambitieux, promet presque une analyse sociologique et ethnologique du genre féminin en guerre. En réalité, des témoignages peu fouillés de victimes ou d'aides de terrain se succèdent et les commentaires se perdent parfois dans l'explication de circonstances qui ne sont pas propres aux femmes.

Les passages consacrés à l'Afrique du Sud ont néanmoins un réel intérêt. Le pays a instauré une commission pour rendre compte des atrocités commises du temps de l'apartheid. «L'Afrique du Sud s'est tout entière engagée dans la recherche de ce qui n'allait pas, explique Yasmin Sooka, membre de la Commission de vérité et de réconciliation. Nous avons fait le choix de tirer au clair notre passé. (...) Ces commissions peuvent faire valoir les droits d'un groupe entier alors que les tribunaux ont principalement vocation à juger les criminels de guerre.» Paradoxalement, la commission a constaté que le sort des femmes était peu évoqué. Sylvia Dlhomo est une des rares à avoir pu témoigner.

Les yeux à jamais gonflés par le chagrin, elle a raconté l'histoire de son fils, Tselo, mis en joue par un policier «juste pour rire», avant d'être retrouvé mort au milieu d'un champ: «ça s'est passé exactement comme le policier l'avait dit», raconte Sylvia. Mais là encore le propos est confus, mélangeant le sort des femmes, des enfants et des vieillards sans dégager les spécificités des femmes en guerre comme on l'attend. C'est dommage.

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Les errances du «New York Post»

La chasse aux scoops n'est pas toujours payante. Le New York Post commence, en effet, à faire les frais d'une stratégie éditoriale particulièrement agressive. En septembre 2000, Lachlan Murdoch, le fils aîné de Rupert Murdoch, prend les commandes d'un quotidien structurellement déficitaire. Chargé de redresser les comptes du journal, le nouveau patron décide de diviser par deux le prix facial du New York Post. Une décision qui permet de doper la diffusion. En quatre ans, celle-ci a effectivement augmenté de 55% pour s'établir à 678 000 exemplaires. Une croissance qui ne s'explique pas seulement par le prix attractif du journal. Car ce changement tarifaire s'est accompagné d'une nouvelle ligne éditoriale très sensationnaliste.


C'est le journaliste Col Allan qui a été chargé par Lachlan Murdoch de «redynamiser et rafraîchir» le contenu éditorial du New York Post. Nommé rédacteur en chef en avril 2001, son arrivée a été très contestée. Ce journaliste qui avait occupé d'importantes fonctions éditoriales dans des titres du groupe News Corp. en Australie a eu toute la peine du monde à s'imposer dans la rédaction du quotidien new-yorkais. Le très sérieux Wall Street Journal va même jusqu'à rapporter que «l'homme s'était fait la réputation d'uriner lors de chaque conférence de rédaction dans l'évier attenant à la salle de réunion du quotidien de Sydney qu'il dirigeait».


Pour de nombreux observateurs, Col Allan est responsable des grossières erreurs qui entachent le journal depuis quelques mois. À commencer par celle qui a fait le tour du monde. Le mardi 6 juillet dernier, le journal annonce à sa une que Richard Gephardt allait être le colistier du candidat démocrate à la présidentielle américaine John Kerry alors que c'est John Edwards qui a été choisi. «Le choix de Kerry», affichait ainsi la première page du tabloïd new-yorkais en légende d'une photo montrant John Kerry serrant la main de Richard Gephardt, représentant du Missouri. Mais ce n'était pas la première bévue du quotidien. Récemment, un éditorial annonçait, avec force, la défaite de l'équipe de football américain New York Yankees alors que ces derniers avait remporté haut la main le 7e championnat américain. Pour sa défense, le journal invoqua le fait que deux versions d'articles avaient été préparées et que «quelqu'un a appuyé sur le nouveau bouton».


Ces exemples peuvent paraître bien anecdotiques mais ils ne sont pas isolés. «Chaque jour, nous pouvons relever une faute grave dans le contenu du journal», relève un rédacteur du quotidien. Plus grave, les annonceurs commencent à se détourner de ce journal à sensation. Ainsi, le distributeur Macy vient de retirer l'ensemble de ses campagnes. Et ce n'est pas la hausse récente de la grille tarifaire qui est la seule explication de la désaffection croissante des annonceurs. «La nouvelle ligne éditoriale effraye les publicitaires», explique un membre de la régie. En somme, les gains obtenus par le journal par la hausse de la diffusion sont immédiatement reperdus par la chute du chiffre d'affaires publicitaire. Résultat, les pertes du journal s'élèvent toujours à environ 30 millions de dollars. Ce qui correspond au montant enregistré en 2000, date de l'arrivée à la tête du quotidien de Lachlan Murdoch.

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