28/10/2013

Premières avancées sur le statut des femmes algériennes.

Une étape vient d'être franchie dans la révision du statut des femmes algériennes. Le président-candidat, Abdelaziz Bouteflika, avait promis d'améliorer un Code de la famille inégalitaire, suscitant un espoir énorme chez ceux qui se battent pour sa suppression. Il s'y est encore engagé lors du dernier sommet de l'Union africaine à Addis Abeba début juillet.


Son ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, devait recevoir hier le rapport d'une commission chargée de réviser ce fameux code, inspiré de la loi canonique islamique. Il y a vingt ans, le Parlement décidait d'enfermer les Algériennes dans un statut de mineures à vie, contredisant le Code civil et la Constitution. Ce «code de l'infamie», comme l'ont baptisé les féministes, fait de l'Algérie le dernier pays du Maghreb à légaliser l'inégalité entre hommes et femmes.


Il n'est pas question d'abrogation du texte, a rappelé le président de la commission et premier président de la Cour suprême, Mohammed Zeghloul Boutarène. Tout comme il n'est pas question qu'une proposition aille à l'encontre «des dispositions de la charia, des textes du Coran et de la sunna». Le rapport ne présente que des propositions d'amendement concernant les points les plus critiqués.


La commission recommande ainsi la suppression du tutorat matrimonial qui oblige une femme désirant se marier à obtenir l'autorisation préalable d'un tuteur. De même, elle propose le partage de la responsabilité conjugale entre les époux et le transfert de la tutelle à la mère si elle a la garde des enfants. Selon la loi actuelle, le père est le seul tuteur des enfants mineurs, même après la séparation du couple. Enfin, sur un point crucial – l'attribution automatique du domicile conjugal au père –, la commission préconise qu'il revienne aux enfants, et par conséquent à la mère qui en a la charge. La loi continue à jeter à la rue de nombreuses mères, sans travail et sans ressources pour élever leurs enfants.


Si les 52 membres de la commission ont pointé ces injustices, ils ont estimé intouchables les articles sur la polygamie ou la répudiation. Maintenue, la polygamie sera «soumise à l'autorisation d'un juge», qui donnera son autorisation à l'époux pour convoler en secondes noces, avec l'accord de sa première épouse. Il en est de même pour la répudiation, soumise à l'approbation d'un magistrat chargé d'arbitrer en cas d'excès...


On est bien loin de la réforme du roi marocain Mohammed VI qui a révolutionné, d'un point de vue juridique, les relations entre les deux sexes. Et encore plus loin de la Tunisie qui a définitivement aboli, sous l'impulsion du président Habib Bourguiba, les discriminations sexistes.


La commission s'est ainsi penchée sur les articles qui posaient un réel problème d'application. Mais «cette ouverture technique permet d'envisager d'autres amendements», analyse la juriste Nadia Aït Zaï, pour qui le Code de la famille est en train d'être «désacralisé»

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Les résistances aux antibiotiques progressent en France.

Malgré les mises en garde récurrentes adressées aux patients et à leurs médecins prescripteurs, les résistances aux antibiotiques de nombreuses bactéries se développent en France sans réelle entrave. Voici, en substance, la tonalité de l'appel lancé cette semaine par l'Institut de veille sanitaire, au fil d'un numéro spécial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (1). Car, si «les outils de surveillance et de mesure des résistances sont désormais en place», comme l'assure le professeur Benoît Schlemmer (président du Comité national de suivi du plan pour préserver l'efficacité des antibiotiques), beaucoup reste à faire pour réduire la consommation de ces molécules – tant en ville qu'à l'hôpital et en médecine vétérinaire.


Il est vrai que la plupart des indicateurs mis sur pied au cours des dernières années sont au rouge. Malgré une baisse relative de la consommation (de l'ordre de 5,6%) les médecins de ville français occupent en effet toujours la place de premiers prescripteurs européens d'antibiotiques – qui figurent sur 90% de leurs ordonnances. Tandis qu'un patient sur quatre hospitalisé en court séjour se voit administrer ce type de médicament.


Dans ce contexte, l'Hexagone figure logiquement en tête des pays les plus confrontés au pneumocoque résistant à la pénicilline et aux macrolides – notamment chez les enfants de moins de 4 ans –, tandis que le pourcentage de résistance à la méticilline du redoutable staphylocoque doré y atteint 33%. Le taux de résistance à la gentamicine de certains colibacilles (E. faecalis et E. faecium), en revanche, reste nettement inférieur à la moyenne européenne. Au plan général, les spécialistes soulignent que «la progression de la résistance bactérienne aux antibiotiques est actuellement plus rapide que la découverte de nouveaux antibiotiques».

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Les séduisants murmures de l'île Madame

On est à la pointe de l'estuaire de la Charente, là où se distinguent à peine les limites entre terre et mer.

Un lieu sauvage, parcouru par les flots, aux berges peuplées de carrelets, survolés par une faune d'espèces rares. L'île Madame est la plus petite île de Charente-Maritime. Longue d'un kilomètre, large de 600 mètres, elle s'étale sur 75 ha. Ses hautes falaises au nord exposent leur végétation luxuriante. Au sud, des marais salants délaissés. Elle est encerclée de parcs à huîtres et de bancs rocheux, où s'amoncellent une multitude de coquillages, et autres fruits de mer sauvages. Étrange ravissement.


Un nom singulier, pour une histoire tout aussi singulière, qui porte en elle les marques d'une déchirure : celle du passage de la noblesse à la Révolution. En perpétuelle quête d'identité, l'île se voit rebaptisée successivement au fil des périodes : réserve seigneuriale de pêche et chasse du nom de « garenne » au XVe siècle, elle devient « Madame » sous les Bourbons. Là encore, l'origine est incertaine : certains y voient une référence à l'abbesse de l'abbaye aux dames de Saintes, d'autres à Madame de Rohan, maîtresse de Louis XIV. « Ile citoyenne » sous la Révolution, seule la Restauration lui rendra son titre d'île Madame.

On y accède par la « passe aux Bœufs », découverte à marée basse, longue d'un peu plus d'un kilomètre, qui la relie au continent. L'île paraît quasi déserte. En guise d'accueil, une étrange croix de galet tracée sur le sol à l'entrée, à la pointe de Surgères. On distingue çà et là quelques bâtiments écroulés. Quel secret abrite cette île à l'apparence si tranquille, bercée par le bruit des marées ?

Tous les ans en août, un pèlerinage part de cette croix pour commémorer un épisode sombre de la Révolution. On ne peut, semble-t-il, traverser l'île Madame sans penser à ces prêtres appelés « réfractaires » qui moururent enfermés dans des pontons pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution. L'île se parcourt d'abord comme un livre d'histoire, au fil d'infimes symboles des périodes les plus marquantes : un puits, appelé « puits des Insurgés », construit par des communards emprisonnés, dont l'eau sert désormais aux habitants de l'île, des fortifications datant de 1841 (notamment une redoute et une caserne), et un ancien fort militaire désaffecté qui offre de jolis points de vue sur Fouras, l'île d'Aix et ses forts, l'île d'Oléron.

Il ne faut surtout pas manquer la ferme aquacole (1), principal lieu de vie de l'île. Pourquoi ne pas se laisser tenter par les vieilles recettes élaborées avec les produits locaux : omelette aux salicornes, profiteroles d'huîtres, bar en croûte de sel ? Après cette escale gastronomique, suivre le parcours de « découverte pédagogique » proposé par la ferme pour tout apprendre de l'élevage et l'affinage d'huîtres et palourdes, de la pisciculture, ou encore des salines, où la salicorne se cultive depuis peu.

Avant de quitter l'île, ne pas oublier d'explorer la vaste zone de pêche à pied, accessible par la « passe aux Fil les », pour ramasser huîtres, moules, palourdes, crevettes et crabes.

Rejoindre enfin Port-des-Barques, petit port de pêche du continent, avant que la marée ne recouvre la passe aux Bœufs. Les adeptes d'histoire naturelle feront un tour à l'écomusée. Pour les autres, bronzage sur les plages de sable fin, baignade dans les retenues d'eau de mer ou encore activités nautiques, selon les goûts. Et avec le soir qui tombe, prendre le temps de rêver face au soleil se couchant sur l'île Madame. « Il n'y a pas de vérité sans mystère. Il n'y a pas de vie sans passage secret. Une chaussée découverte à marée basse, comme pour l'île Madame (2). »

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