03/11/2013

Stabilisation des marchés.

Hier, les marchés américains ont limité la casse. Après avoir débuté en hausse significative, les indices ont vu leurs gains se réduire tout au long de la séance. A la clôture, le Nasdaq et le S&P 500 enregistraient un très léger gain respectivement.
Aujourd'hui, un seul indicateur économique est attendu dans le courant de l'après-midi, les stocks de gros du mois de février.
L'évolution dans le vert des futures permet d'anticiper une ouverture positive de Wall Street, avec des indices légèrement positifs à 15h00 (heure française).
Contre toute attente, les commandes de biens durables sont reparties à la hausse, prenant à contrepied le consensus des économistes, ce qui pourrait être un signal d'un début de reprise des investissements des entreprises.

wall-street-sign-pic.jpg



Le Département du commerce américain a fait état d'un rebond de 2% des commandes de biens durables, à 173,6 milliards de dollars. Ce rebond fait suite à la baisse de 1,5% enregistrée en février. Hors véhicules de transport, les commandes ont progressé de 1,8% tandis qu'hors équipement de défense, elles ont augmenté de 1,3%. La hausse des ventes de véhicules induit la hausse des cours du platine, ce métal étant le principale composant des pots d’échappement catalytiques.
Cette hausse des commandes a largement dépassé le consensus des économistes. Ceux-ci tablaient sur un recul de 1%.
Les prix à la production en Allemagne ont augmenté très légèrement de 0,1% selon l'Office des statistiques allemand (Destatis). Les économistes tablaient sur des prix inchangés sur un mois et en progression de 1,5% sur un an.

Une fois de plus, la progression des prix a été influencée par le renchérissement des produits énergétiques. Hors énergie, l'augmentation des prix à la production se ramène à 0,7% sur un an. 

Du côté des valeurs à suivre :

- Microchip Technology : le fabricant de semiconducteurs a fait, pour la deuxième fois en l'espace de trois semaines, un profit warning sur ses résultats du quatrième trimestre, qui devraient être inférieurs aux attentes du fait d'un ralentissement de l'activité.

- Office Depot : la chaîne de magasins pour matériel de bureau, qui veut renforcer sa pénétration en Europe, a fait une proposition de rachat de son concurrent Guilbert, filiale de PPR, pour 868,8 millions de dollars.

- AMR : les leaders des syndicats du transporteur aérien vont renégocier les concessions salariales qu'ils avaient faites à la direction du groupe du fait de l'opposition des salariés. Ces concessions avaient pour but de permettre à AMR d'éviter la faillite.

- RF Micro Devices : le fabricant de semiconducteurs pour la technologie sans fil a déclaré que la demande pour ses produits les plus rentables a été moins importante que prévu au quatrième trimestre. De ce fait, le groupe anticipe des pertes supérieures aux prévisions même après avoir revu à la hausse son chiffre d'affaires.

Après une courte incursion en territoire négatif en milieu de matinée, la Bourse de Londres a repris le chemin de la hausse vendredi à la mi-journée, se stabilisant après deux séances consécutives de baisse qui l'ont vu s'éloigner de l'important seuil psychologique des 4000 points, franchi mardi pour la première fois en clôture depuis le 6 janvier dernier.

Le FTSE100 progresse actuellement de 0,37à 3943,3 points.

Sur le plan statistique, l'Office de la statistique nationale (ONS) a indiqué ce matin que la production industrielle britannique était repartie à la baiss, enregistrant un repli de 0,8% en données corrigées des variations saisonnières (CVS). En rythme annuel, le repli ressort 0,9%, supérieur ici aussi aux attentes des analystes. La production manufacturière a pour sa part reculé de 0,4% et de 1% sur un an. Les attentes des analystes sont ici aussi dépassées. Ces chiffres, peu encourageants, sont dévoilés au lendemain de la décision de la Banque d'Angleterre de ne pas modifier le dispositif de sa politique monétaire.

A l'exception de Abbey National (-0,85%), les valeurs bancaires sont bien orientées, à l'image de Lloyds (+0,1%), Royal Bank of Scotland (+0,6%), Barclays (+0,8%), Standard & Chartered Bank (+1,3%) et HSBC (+1,5%). HBoS prend pour sa part 1,3% après avoir déposé une offre de 1,05 milliard de dollars australiens sur les minoritaires de Bank of Western Australia dans laquelle il détient déjà une participation de 57%. HBoS propose 4,25 dollars australien pour chacune des actions de sa proie, soit une prime de 57 cents sur le cours de clôture d'hier.

International Power est parvenu à un accord avec ses créanciers américains pour éviter de se retrouver en défaut de paiement sur des emprunts contractés pour financer la construction d'usines aux Etats-Unis. Son action progresse de 2,4%.

Le groupe de gestion d'aéroports BAA a pour sa part indiqué que le trafic dans les principaux aéroports britanniques avait progressé de 1,6% pour un total de 9,9 millions de passagers. Sur deux mois, le trafic a reculé de 0,8%. Le titre BAA se replie légèrement de0,3%

 

Anexe 1: Liste des principaux fabricants de semi-conducteurs

Classement 2011

 

Rang
2011
Rang
2010
Société Nationalité/localisation Chiffre
d'affaires
(Million
de $
USD)
2011/2010 Part de
marché
1 1 Intel Corporation(1) Drapeau des États-Unis États-Unis 49 685 +23,0 % 15,9 %
2 2 Samsung Electronics Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud 29 242 +3,0 % 9,3 %
3 4 Texas Instruments(2) Drapeau des États-Unis États-Unis 14 081 +8,4 % 4,5 %
4 3 Toshiba Semiconductors Drapeau du Japon Japon 13 362 +2,7 % 4,3 %
5 5 Renesas Technology Drapeau du Japon Japon 11 153 -6,2 % 3,6 %
6 9 Qualcomm(3) Drapeau des États-Unis États-Unis 10 080 +39,9 % 3,2 %
7 7 STMicroelectronics Drapeau de la France FranceDrapeau de l'Italie Italie 9 792 -5,4 % 3,1 %
8 6 Hynix Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud 8 911 -14,2 % 2,8 %
9 8 Micron Technology Drapeau des États-Unis États-Unis 7 344 -17,3 % 2,3 %
10 10 Broadcom Drapeau des États-Unis États-Unis 7 153 +7,0 % 2,3 %
11 12 Advanced Micro Devices Drapeau des États-Unis États-Unis 6 483 +2,2 % 2,1 %
12 13 Infineon Technologies Drapeau de l'Allemagne Allemagne 5 403 -14,5 % 1,7 %
13 14 Sony Drapeau du Japon Japon 5 153 -1,4 % 1,6 %
14 16 Freescale Semiconductor Drapeau des États-Unis États-Unis 4 465 +2,5 % 1,4 %
15 11 Elpida Memory Drapeau du Japon Japon 3 854 -40,2 % 1,2 %
16 17 NXP Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas 3 838 -4,7 % 1,2 %
17 20 NVIDIA Drapeau des États-Unis États-Unis 3 672 +14,9 % 1,2 %
18 18 Marvell Technology Group Drapeau des États-Unis États-Unis 3 448 -4,4 % 1,1 %
19 26 ON Semiconductor(4) Drapeau des États-Unis États-Unis 3 423 +49,4 % 1,1 %
20 15 Panasonic Corporation Drapeau du Japon Japon 3 365 -32,0 % 1,1 %
Top 20 203 907 3,5 % 65,2 %
Toutes les autres entreprises 108 882 -1,1 % 34,8 %
TOTAL 312 789 1,9 % 100,0 %

Annexe 2: la production mondiale de platine:

Pays Tonnes  % du total
Afrique du Sud 148,3 75,8
Russie 29,6 15,1
Canada 7,4 3,8
Zimbabwe 4,4 2,2
États-Unis 4,1 2,1
Total 5 pays 193,8 99,0
Total monde 195,7 100,0

Publié dans Economie |

Islande, des jours sans fin.

Dans quelques semaines, le miracle et la magie des nuits blanches vont être célébrés le long des fjords et dans les villages de pêcheurs d'Islande...

005%20Islande%202009.jpg


Le temps semble suspendu. Le crépuscule s’éternise et le soleil roule sur la ligne d’horizon. S’il disparaît, c’est juste derrière et sa lumière reste en suspens, laiteuse, avec des reflets verts, roses, orangés qui ne dessinent aucune ombre. Le vent est tombé, les oiseaux dorment, le silence s’impose. Il est minuit en Islande. Le pays sort transfiguré de ces quelques heures blanches.

Les noctambules désertent les bars et les boîtes de Reykjavik. Familles et bandes de copains filent sur les côtes ou dans l’arrière-pays. C’est le temps de la nature retrouvée, des balades romantiques sous le ciel pâle, du retour aux pratiques païennes.

La nuit de la Saint-Jean (24 juin), on se baigne nu dans la rosée de la péninsule de Snaefellsnes afin de gagner une éternelle jouvence. Les jeunes filles cueillent sept fleurs différentes au pied du volcan et les glissent sous leur oreiller en rêvant à leur futur époux. C’est aussi le temps des elfes, ces personnages hérités des légendes celtiques. Beaux et puissants, ils n’aiment guère être offensés au point d’entraîner les audacieux dans leurs chaos de rochers. L’enfer, en somme.

Nombre d’Islandais croient fermement à leur existence. « Mais seuls les plus clairvoyants peuvent les voir. Les elfes qui hantaient la région de Reykjavik ont fui l’agitation de la ville, précisent les initiés. Ils se sont réfugiés autour d’Hafnarfjördur et dans les fjords de l’ouest. » Fidélité aux traditions ou soif de merveilleux, nombre d’habitants de la capitale vont passer leurs nuits blanches sur les bords du Breidafjördur, en quête de ces « elfes joyeux » qui, selon Victor Hugo, « dansent sur la plaine ». Nuits magiques, nuits miraculeuses.

Début juillet, elles durent trois heures à Reykjavik et quatre-vingt-dix minutes à Akureyri. La zone arctique les ignore. De mi-juin à mi-juillet, le soleil brille à minuit avec une sorte de provocation du côté d’Isafjördur et sur la minuscule île de Grimsey. L’Islande ne cesse de jouer les ensorceleuses.

Carnet de pistes
Nous avons sélectionné huit itinéraires découvrant volcans, fjords, villages de pêcheurs, pour une journée comme pour la semaine... Ils s’effectuent individuellement au volant d’un 4 x 4 de location. Ou bien en groupe accompagné comme l’organisent alors les tour-opérateurs spécialistes du voyage en Islande.

Bain chaud au Blue Lagoon (Une journée en bus ou voiture, à 42 km de Reykjavik.)
Les Islandais combinent les vertus de la détente avec la convivialité du bar dans des piscines géothermales. Alimentées par des sources chaudes, elles accueillent tout le monde, sans distinction de statut social, d’âge ou de sexe. Le ministre côtoie l’instituteur, le pêcheur et le musicien et devise paisiblement des affaires du jour. Chaque agglomération possède la sienne, mais la plus spectaculaire se trouve à 40 minutes de Reykjavik, au coeur d’un désert proprement lunaire. Le Blue Lagoon est une immense pièce d’eau turquoise, couronnée de vapeurs fantomatiques dont les contours se perdent dans la brume.
Depuis l’établissement thermal aménagé sur ses rives avec boutiques et restaurant, le visiteur s’enfonce doucement dans ces eaux chargées de sels minéraux et de boues siliceuses captées à 70 C, rafraîchies à 39 C, que des algues bleu-vert colorent de teintes irréelles. Parvenu à des petits bassins circulaires appelés « hot spots », chacun s’installe sur des banquettes sous-marines aux côtés d’inconnus avec lesquels s’engage vite la conversation.
La magie tellurique opère, balayée par les vapeurs qui mettent vite la tête dans les nuages. Entrée : 10 € (tél. : 00 354 420.88.00).

Le volcan de Jules Verne (Deux jours, 420 km en voiture.)
Trois heures de route depuis Reykjavik et voilà que surgit, au bout de la péninsule de Snaefellsnes, un volcan majestueux couronné d’un glacier immaculé. C’est le Snaefellsjôkull, la montagne magique du roman de Jules Verne, Voyage au centre de la terre. Ses héros glissèrent par un étroit goulet jusqu’au coeur de notre globe avant de ressortir par la gueule d’un volcan italien, le Stromboli. On peut traverser sans risque les coulées de lave couvertes de mousses et de lichens qui glissent en cascade vers l’océan, continuer vers les plages de galets noirs de Djupalonsandur, détailler le jeu des oiseaux de mer sur les falaises d’orgues basaltiques du délicieux petit port d’Arnarstapi.
Et, près d’Hellissandur, face au grand large, savourer l’hospitalité de l’hôtel Edda. La chambre double avec bain, 115 € (tél. : 00 354 430.86.00).

Fjords de l’ouest et villages de pêcheurs (Cinq jours, 985 km en voiture.)
Des fjords gigantesques, des ports de pêche colorés comme des dessins d’enfants, des solitudes austères balayées par le grand souffle de l’océan glacial. La péninsule des fjords du nord-ouest conserve intacte, l’âme de l’Islande. Première étape, le pittoresque port de Stykkisholmur. D’ici partent les mini-croisières qui suivent les ébats des fameuses baleines bleues du Gulf Stream. Passer la nuit dans le charmant hôtel Stykkisholmur qui affiche ses chambres doubles à 124 € (tél. : 00 354 430.21.00). Le lendemain, embarquer sur un ferry de la Baldur (tél. : 00 354 438.14.50) qui mène en trois heures de traversée jusqu’au port de Brianslaekur. Un crochet s’impose pour découvrir, 100 km à l’ouest, les millions de macareux moines qui nichent et piaillent sur la vertigineuse falaise de Latrababjarg. La route du grand nord reprend jusqu’au port d’Isafjördur, caché au fond d’un fjord grandiose. Le bel hôtel du même nom accueille pour 162 € en chambre double (tél. : 00 354 456.41.11). Encore une journée grisante au long de fjords follement découpés et dernière nuit à Holmavik (Guesthouse Borgarbraut, 43 € la double au confort simple, tél. : 00 354 451.31.36), étape fameuse pour son musée de la sorcellerie et son café Riis qui sert d’admirables poissons pour moins de 20 € (tél. : 00 354 451.34.67).

Publié dans Voyage |

29/10/2013

Les Macédoniens, de la nostalgie à l'exil

Antonio dit qu'il oublie tout le soir venu, quand il boit le café avec sa femme en regardant couler le Vardar. Dans leur maison à Veles, qui donne directement sur le grand fleuve macédonien, les Tanev attendent un heureux événement. Martin, 6 ans, aura bientôt un petit frère ou une petite soeur. «Je veux leur offrir ce qu'il y a de mieux, insiste Antonio. Des jouets, des études, des vacances.»

Antonio Tanev a 31 ans. Il se rend tous les jours à Skopje, à 40 km au nord de Veles. «En bus, précise-t-il. En voiture, c'est trop cher.» Antonio est serveur au Térésa, un des bons petits restaurants du centre de la capitale, juste à côté de la statue de Mère Térésa, née de parents albanais, à Skopje, en 1910. Il gagne ici à peine plus que le salaire minimum officiel : 200 euros par mois. Plus les pourboires. Mais en ce moment, il n'y a pas de pourboires. Il n'y a presque plus de clients. La faute aux travaux d'embellissement de la rue Makedonja, qui sera bientôt réservée aux piétons. «La faute à l'économie qui va mal, à la corruption et aux Albanais», accuse Antonio. Lui est orthodoxe, Macédonien slave, comme la majorité des habitants du pays. «La minorité albanaise a pris trop de pouvoir et c'est elle aussi qui dirige la mafia, affirme Antonio. Depuis 2001, tout va mal.»


2001. Cette année-là, l'ancienne République yougoslave de Macédoine a failli basculer à son tour dans la guerre. Les Albanais musulmans du fief indépendantiste de Tétovo, à la frontière du Kosovo, prennent les armes et marchent sur Skopje. Ils sont arrêtés par l'armée. On compte plusieurs dizaines de morts. Les négociations s'engagent aussitôt sous l'égide de la communauté internationale qui veut à tout prix éviter un nouveau conflit dans la région. La paix revient, pas la croissance. «Avant, ma femme gagnait à elle seule 500 euros par mois, se rappelle Antonio. Elle tenait un magasin de vêtements pour jeunes qui marchait bien. On pouvait partir en vacances en Grèce, se baigner dans la mer.» Depuis, faute de clients, le magasin a fermé. Et la famille Tanev n'est plus repartie en vacances. Antonio, lui, est retourné à l'étranger, seul et pour travailler. En Allemagne, en Italie et en Grèce, pour la saison des oranges. «Jamais plus de trois mois, à cause des visas», précise-t-il.


Le pays est en crise. Le taux de chômage est passé au-dessus de 30% et rares sont les jeunes qui veulent rester. Seules la Serbie et la Bulgarie voisines ne demandent pas de visa. Pour les autres pays, les délais sont interminables et les démarches décourageantes. Le questionnaire que l'ambassade de France a soumis à sa fille arrache des larmes à cette cardiologue de Skopje. «J'ai toujours aimé votre pays, mais pourquoi nous humilier ?», interroge-t-elle.


Les Macédoniens sont au bout du rouleau. Mais, le plus souvent, ils n'en montrent rien. À Skopje ou à Tétovo, les jeunes filles aux tenues légères et les garçons en T-shirt moulant se prélassent aux terrasses des cafés. Les vieux jouent aux cartes. Et d'une table à l'autre, la musique couvre les conversations. Toujours les mêmes. «On ne parle que de ça, se désole Petrit Nezeri, un comédien de 27 ans. À la télévision, dans les restaurants, partout dans le pays, les gens sont obsédés par les problèmes ethniques. On y perd toute notre énergie. On y passe tout notre temps. C'est au détriment du reste, les livres, la culture, le travail.» Avec son look punk et son goût pour la musique anglo-saxonne, cet Albanais musulman de Tétovo est à des années-lumière des islamistes et des partisans de la «Grande Albanie». Aujourd'hui, Petrit s'apprête à jouer en Bulgarie la pièce d'un écrivain bosniaque mise en scène par un Macédonien slave. «Pour le théâtre, on peut encore voyager. Mais, faute d'argent et de visa, les vacances à l'étranger, c'est devenu très difficile.» Petrit ne pense pourtant pas s'installer dans un autre pays. À Skopje, il gagne 450 euros, de quoi vivre correctement, aller au cinéma deux ou trois fois par semaine et payer les études de sa femme.


«On a beau essayer de l'éviter, la politique revient sans cesse, témoigne Marija Dimic. C'est pour cela que je n'achète plus de journaux, ils ne parlent que de ça.» Professeur de français et interprète, cette élégante jeune femme s'estime heureuse. Avec ses deux salaires, elle mène la vie qu'elle veut. Ses économies, elle les consacre aux voyages. Cet été, ce sera l'Egypte ou la Grèce. Elle n'a pas encore décidé. Ce qu'elle sait en revanche, c'est qu'elle ne se sent pas macédonienne, «même si je suis née ici». À 24 ans, ses racines sont en Serbie, d'où ses deux parents sont originaires. «Là-bas, on considère que la Macédoine est un pays serbe, souligne Marija. D'ailleurs, les cuisines sont presque les mêmes. De la viande, des pommes du terre, du chou...» Trop occupée à jongler entre ses deux boulots, Marija n'a pas le temps de faire la cuisine. Elle vit avec ses parents, et c'est sa mère qui prépare les repas. Célibataire, elle a eu pendant longtemps un ami et dit avoir le temps de songer au mariage. «Aujourd'hui, les filles de 30 ans célibataires, ça existe en Macédoine. Alors, j'ai encore de la marge...»


«Les relations entre hommes et femmes restent très compliquées, témoigne Jean-François Guissoegou, Macédonien d'adoption. On ne fréquente quelqu'un qu'après avoir pris des renseignements auprès de l'entourage.» Ce Franco-Gabonais de 36 ans connaît bien les moeurs balkaniques. Ancien employé de la Croix-Rouge française, il a sillonné l'ex-Yougoslavie pendant quatorze ans. Et c'est en Macédoine qu'il a choisi de vivre. Pourquoi ? «Je n'ai jamais su ce que j'aimais ici, c'est un trou paumé, s'amuse-t-il. Les mentalités sont les mêmes qu'en Serbie, mais sans les avantages d'une grande ville comme Belgrade. La Macédoine est pourtant le seul endroit où je me sente chez moi. Pour m'intégrer, je n'ai pas eu de mérite, je parle macédonien. Au fond, ici, c'est plus facile d'être Gabonais qu'Albanais...»


Seul obstacle : le mariage. Jean-François a hésité longtemps avant de dire «oui» à Zorica. Ce n'est qu'après la naissance de leur seconde fille que Jean-François accepta de se plier au rite orthodoxe. «Ça commençait à jaser sérieusement autour de nous. Même ma femme se demandait si j'étais un homme sérieux.» Depuis, deux autres enfants sont nés. «C'est le vent du Kosovo», rigole le beau-père. Clin d'oeil au taux de fécondité nettement plus élevé chez les Albanais que chez les Slaves. «Les gens ont le sens de la dérision : dès que les larmes ont séché, les tragédies deviennent des sujets d'histoires drôles», sourit Jean-François.


Keti Lucik, elle, n'a pas le coeur à rire. «À cause de la crise, le pays vit replié sur lui-même, témoigne cette retraitée de Skopje. À l'époque de la Yougoslavie, on pouvait circuler partout en Europe.» La Macédoine était alors une «région en voie de développement» soutenue par des fonds spéciaux de la Fédération. Aujourd'hui, les aides de l'Union européenne et des Etats-Unis ne suffisent plus. Avec près de 400 euros de retraite, Keti ne se plaint pas, songeant à ceux dont la pension minimum est quatre fois moins élevée. Mais, dit-elle, «on était plus heureux avant. Chez les gens qui ont vécu sous Tito, il y a une vraie nostalgie.» Dans les petits cafés populaires, on passe en boucle les chansons de l'époque. Et depuis peu, les vedettes serbes, slovènes ou croates reviennent donner des concerts en Macédoine.

Chez les plus jeunes, aussi, on écoute les stars des pays de l'ancienne Yougoslavie. Mais les titres sont plus récents, comme les dernières rengaines croates ou serbes de l'Eurovision. Hazize Muharemi aime la musique classique, les mélodies albanaises et la chanteuse serbe Ceca. À 22 ans, cette étudiante de Tétovo vit toujours chez ses parents. Mais elle espère pouvoir vivre en couple avant de se marier, «pour voir si ça peut marcher». Ses amis sont, comme elle, musulmans, mais aussi orthodoxes. Hazize rougit. Elle n'a encore jamais embrassé de garçon. «Bientôt peut-être...»

Pour l'heure, elle se consacre à ses études à l'université privée de l'Europe du Sud-Est, créée après les événements de 2001. L'inscription de mille euros, Hazize se l'est payée elle-même, grâce aux cours de soutien scolaire qu'elle donne aux plus jeunes. Avec les 250 euros qu'elle gagne chaque mois, il lui reste largement de quoi s'amuser. «Mais à Tétovo il n'y a pas grand-chose à faire, sourit-elle. Il n'y a ni cinéma, ni piscine, ni théâtre et, le soir, tout ferme à minuit.» Hazize a un rêve : étudier un an à l'étranger. «Je ne veux pas vivre hors de Macédoine plus longtemps, parce que c'est mon pays et parce que si tous les jeunes partent, alors les mentalités ne changeront pas», dit-t-elle.

Antonio Tanev, lui, est parti. Avant de quitter le pays, nous sommes repassés par le restaurant Térésa de Skopje. Il n'était plus là. «Antonio a reçu un coup de téléphone avant-hier pour aller travailler en Grèce, indique sa collègue. Il a pris le train aussitôt. Il reviendra pour la naissance de son enfant...»

Publié dans International |