28/10/2013

Pays émergents : une diversification intelligente ?

Risquées à court terme, mais riches de promesses pour les investisseurs patients... Les Bourses d'Asie, d'Europe de l'Est ou d'Amérique latine sont de plus en plus souvent considérées, par les professionnels de la gestion, comme des diversifications intéressantes pour doper la performance d'un portefeuille boursier. Certaines banques n'hésitent plus à proposer aux particuliers de souscrire des fonds investis sur ces zones géographiques, y compris parfois, grâce à des techniques de gestions spécifiques, dans le cadre d'un PEA (plan d'épargne en actions). Motif ? «Ces pays affichent des croissances économiques supérieures à celles de l'Europe et des États-Unis. Et les valorisations boursières y sont beaucoup plus attractives. Cela laisse espérer à moyen terme des performances boursières supérieures», explique Erwan Marrec, responsable de la gestion quantitative chez Federal Finance, et gérant du fonds Indiciel APAL (Groupe Crédit mutuel Arkéa).


Toutefois, cet espoir suppose d'accepter une forte volatilité. L'an dernier, les fonds qui investissent sur ces pays ont gagné entre 24% et plus de 40% en moyenne selon les zones qu'ils privilégient. Ces Bourses émergentes ont aussi bien tenu le cap au premier trimestre... avant de subir à partir de mars-avril une sévère correction, victimes d'un climat international peu porteur, entre remontée des taux, envolée des prix du pétrole et crainte sur l'atterrissage en douceur de l'économie chinoise.


Depuis la fin mars, selon Europerformance, les fonds spécialisés ont ainsi reperdu plus de 7%. Certaines places boursières ont même chuté plus fortement encore. Empêtrée dans l'affaire du géant pétrolier Youkos, la Bourse russe – qui, en avril, avait gagné plus de 40% depuis le début de l'année – a par exemple reperdu depuis toute son avance.

«Les valorisations sont aujourd'hui redevenues très attrayantes», constate Kerrie McEwen, gérant spécialiste des marchés émergents chez JP Morgan Fleming Asset Management. «L'aversion au risque des investisseurs devrait encore pénaliser ces marchés cet été. Mais il est probable que, à moyen terme, la croissance de certains d'entre eux dépassera les prévisions», pronostique-t-elle.


Les arguments ne manquent pas. En Russie, certains professionnels estiment par exemple que les craintes suscitées chez les investisseurs par les déboires de Youkos ont éclipsé de bonnes nouvelles, comme la transformation rapide de l'économie. «La consommation intérieure russe est de plus en plus soutenue. Dans le secteur bancaire, apparaissent pour la première fois les crédits à la consommation. La construction est aussi en plein essor. C'est un facteur de soutien à la croissance, dans ce pays où elle était beaucoup jusqu'à présent surtout dépendante du secteur de l'énergie», souligne Corinne Wittmann, responsable du développement pour l'Europe de l'Ouest chez Raiffeisen Capital Management, société de gestion spécialiste des pays de l'Est.


Optimisme aussi pour les autres marchés boursiers locaux (Pologne, Hongrie, République tchèque). Ils ont mieux résisté à la correction printanière, en raison notamment de l'entrée de ces pays dans l'Union européenne. Depuis le début de l'année, certains ont progressé de plus de 20%. «Mais ils conservent un potentiel de hausse», estime Nicolas Picard, gérant de CPR Europe Nouvelle. «La croissance économique est plus forte qu'en Europe occidentale, les valorisations boursières plus faibles et les sociétés révisent leurs bénéfices à la hausse ! Or, l'entrée de ces pays dans l'Union incite de plus en plus d'investisseurs à faire des comparaisons avec les valeurs de la vieille Europe», ajoute-t-il.


Dans le secteur de l'énergie par exemple, les PE sont de 7 fois les bénéfices en Europe de l'Est, alors qu'ils s'élèvent à 13 fois ces bénéfices sur l'Eurostoxx 600 et 15 fois sur l'indice américain S&P 500, selon les calculs de Raiffensen Capital Management.


L'Asie suscite plus d'hésitations. Les professionnels s'attendent à un ralentissement de la croissance en Chine, qui devrait se répercuter dans les pays voisins, très dépendants du commerce avec l'empire du Milieu. «La Bourse chinoise a perdu environ 20% depuis avril. Cela nous incite à être prudent sur l'Asie à court terme, même si à plus longue échéance, ces pays – qui offrent des croissances élevées, avec une inflation et une dette publique modérées – restent attrayants», note Erwan Marrec. Les regards se tournent désormais vers l'Inde. «On y trouve des sociétés très rentables, mais la coalition désormais au pouvoir s'appuie sur des partis communistes, ce qui suscite un certain attentisme chez les investisseurs», note-t-on chez JP Morgan Fleming.


En revanche, le ciel se dégage pour l'Amérique latine. Le marché mexicain peut profiter des prix élevés du pétrole. Le Brésil tire parti de l'envolée des prix des matières premières (métaux notamment), l'une de ses spécialités, mais aussi d'une amélioration de la conjoncture économique : les salaires ne baissent plus, le chômage diminue, la consommation repart.

Publié dans Economie |

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