28/10/2013

La faute aux espions...

Aen croire les commissions d'enquête qui se succèdent aux États-Unis et en Grande-Bretagne, ce sont les services de renseignements qui doivent porter le chapeau des circonstances extravagantes ayant conduit à la guerre en Irak.


Chargées de répondre aux interrogations du public, ces commissions, toutes d'une compétence et d'une probité incontestées, n'ont jamais mis en cause ni George W. Bush ni Tony Blair.


Comment a-t-on pu se tromper à ce point sur l'arsenal irakien et affirmer que le danger qu'il représentait justifiait une guerre ? La faute en incombe, tout simplement, aux espions de Sa Majesté et aux agents – apparemment bien trop peu nombreux – d'une CIA naguère si redoutée. Voilà que sont jetés en pâture sur la place publique ces services secrets, qui, jusqu'à tout récemment, devaient, pour être efficaces, rester dans l'ombre.


L'explication est un peu simple. Quand bien même l'accepterait-on, peut-on imaginer que des chefs d'État comme Bush et Blair se laissent mystifier par leurs propres services d'«intelligence» ? Quoi qu'il en soit, pour que cela ne se reproduise pas, il est urgent de dépoussiérer ces vieilles agences restées trop longtemps endormies sur les lauriers qu'elles avaient bien mérités pendant la guerre froide.


La commission Butler à Londres, comme celle du Sénat à Washington, a donc atteint l'un de ses objectifs : à n'en pas douter, les crédits affectés aux services de renseignements connaîtront, sans tarder, une forte hausse. En Grande-Bretagne comme aux États-Unis. Mais cette consolation ne suffira pas aux maîtres espions de nos alliés : ils doivent s'attendre à se retrouver en position d'accusés dès la prochaine crise internationale.


L'opinion publique, elle, restera sceptique. La prochaine fois qu'un dirigeant essaiera d'entraîner son pays dans un conflit, les voix ne manqueront pas pour clamer : «Souvenez-vous de l'Irak.» Malheureusement, cela arrivera même si l'intervention est parfaitement justifiée.


Ni Butler ni les enquêteurs du Sénat américain n'ont répondu à la vraie question : dans quelles conditions une «guerre préventive», comme celle en Irak, est-elle justifiée ? La qualité du renseignement est un élément essentiel de la réponse. Reste la décision politique, une responsabilité à laquelle ni Bush ni Blair ne peuvent se soustraire.


Tous deux se sont appuyés sur de faux renseignements. Ils n'ont donc pas délibérément menti. Leur intégrité n'est pas mise en doute. Démontrer cela était l'objectif principal des commissions d'enquête. Mais le jugement de Bush et de Blair reste discutable. Accuser les espions suffira-t-il à protéger la crédibilité des dirigeants ? En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, les électeurs le diront.

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